Saint André de Majencoules

Contribution à l'histoire du village et de la commune ainsi qu'aux traditions locales ou cévenoles en forme de "devoir de mémoire" pour tous.

Sommaire

Vous trouverez dans ce blog:

- des éléments sur l'Histoire du Village et du Château

et dans les archives de 2007:

. La liste des Morts pour la France de la Commune
. Les surnoms et sobriquets des habitants des différents hameaux
. les cahiers de doléances des habitants de Saint André en 1789

et dans celles de 2006:

. Les Cévennes vues par JP Chabrol et Jules César
. Qui sommes - nous , les Cévenols... et bien d'autres ..! par le majoral du Félibrige Louis Abric
. Un apéritif bien de chez nous " La Cartagène"
. "Lou Cabrit" un texte en vers et en "patois" .

Chaque mois une chronique vient compléter ce blog sur le thème général des anciens dictons sur le temps, des fêtes, coutumes et traditions.

Bonne lecture et n'hésitez pas à écrire des commentaires ou à me poser des questions pour compléter ce fonds et l'enrichir soit pas vos compléments soit par d'autres recherches...Merci !

contact:

Quelques informations sur le village



Longitude Est : 03° 40' 00'' ( deg - min- sec) - l'IGN donne 03° 40' 28'' soit
3,6667 degrés décimaux ou 0.063995 radians

Latitude Nord : 44° 02' 00 '' - l'IGN donne 44° 01' 46''
soit 44.0333 degrés décimaux ou 0768527 radians

La superficie de la commune est de 21,79 km2
L'altitude minimum est de 180 m et maximum de 900 m
En 1999, au recensement de l'INSEE la population était de 556 habitants, avec une densité de 25 habitant/km2, mais elle est passée à >569 en 2005 soit une augmentation de +2,3% dont 50,3% d'hommes et 49,7% de femmes.

On trouve quelques variantes sur ces données, selon les sources et sans doute selon l'endroit de réferénce, mais les variations ne sont pas significatives.

La commune de France Métropole la plus éloignée de Saint André de Majencoules est la commune d'Ouessant qui se trouve à 831,6 kms

Les habitants de Saint André de Majencoules s'appellent les " Majencoulois"

Certains dictionnaires indiquent "Andrémajencoulois" ou les "Andrémajencouloises".
Cela pose au moins deux questions:
1/L'une par rapport au lieu lui-même , car si la Commune a bien le nom de saint André de Majencoules, les hameaux sont nombreux et ils sont si caractéristiques que, imposer ce nom à tous est délicat.
On lira attentivement l'article sur les surnoms et sobriquets dans les archives de 2007 ( voir ci-dessous)..
2/ L'autre par rapport aux règles sur les noms des habitants d'un lieu:

Le " gentilé " , c'est à dire le terme qui désigne les habitants par référence au lieu où ils habitent, ou "éthnonyme", - mais ce terme là est moins adapté-,
est de façon générale, formé d'un toponyme ( Majencoules) et d'un suffixe, ( -ois ou -oise ). Tous les dictionnaires nous disent qu'il est rare que l'on prenne en compte le "saint" ou "sainte" qui précède le nom du lieu. ( On dit par exemple les Stéphanois pour les gens de Saint Etienne).
Par ailleurs, c'est bien le suffixe "ois" qu'il convient d'utiliser. C'est celui qu'on emploie pour les noms de villes ou de villages anciens. Les suffixes "ais" ou "ien" est plutôt réservé aux noms des habitants d'un pays, bien qu'il soit employé pour les Parisiens ou les Arlésiens .. entre autres..!
" les Majencoulois", c'est l'appellation la plus adaptée vu le nom de lieu et son histoire et vu les règles en la matière.

"Majencoules " c'est bien le nom le plus caractéristique du lieu ! C'est bien ce qui caractérise le lieu où vivent les habitants de tous les hameaux de la commune, selon l'étymologie la plus courramment acceptée: "les grandes colines".
C'est le nom qui avait été retenu à la Révolution.
Et en n'ajoutant pas " André" on évite ainsi d'imposer Saint André à tous.

"Majencoulois" est donc le nom qu'il faut retenir pour le nom des habitants du village.

S'il y a quelques esprits chagrins, ils pourraient se consoler en disant que les "Majencoulais" sont les habitants du pays et donc de l'ensemble de la commune et les "Majencoulois" les seuls habitants du village..

Il faut noter enfin que le "gentilé" s'emploie toujours avec une majuscule quand c'est un nom :" les Majencoulois" et sans la majuscule quand on l'utilise comme adjectif ( par exemple la population majencouloise) .









Le village

Le village

Historique du village


Saint André de Majencoules est un petit village des Cévennes méridionales, " chef-lieu " de la commune du même nom qui s’étend sur la haute vallée de l’Hérault, à partir du confluent de ce fleuve avec la rivière de l’Arre qui arrose Le Vigan, et qui touche à ses limites nord, la commune de Notre Dame de la Rouvière et celle de Valleraugue, laissant sur sa gauche et sur sa droite les communes de Mandagout et celle se Saint Martial. Les historiens locaux ont souvent limité l’histoire locale à la présence d’un prieuré bâti par les moines de la toute proche et très importante abbaye d’Aniane, venus, au 12ème siècle, essaimer en ces lieux désertiques, et apporter dans ces terres de refuge la culture du châtaignier. Pourtant les communes ci-nommés se caractérisent toutes par un habitat dispersé, avec de nombreux hameaux et lieux-dits, qui semblent avoir été habités depuis des temps immémoriaux, notamment par des familles de Volques Arécomiques, des celtes installés ici avant les romains.
C'est ainsi que l'on trouve cités plusieurs de ces lieux, à la même époque de l'arrivée des moines d'Aniane :

-Le Pied-Méjean (ou Pié Méjean) Podium de Maujoanna en 1218 ( dans le Cartulaire de Saint Victor de Marseille au ch 1000)
-Les Pauses Mansus de Pausis, parocchia sancti Andreae de Majencolis en 1287 ( Cartulaire de ND de Bonheur ch 110)
-Peyregrosse A. de Pétragrossa en 1223 ( Cartulaire de ND de Bonheur ch 17) puis en 1307 : P. de Petragrossa ( dans les papeirs de la famille d’Alzon)
-Valbonne G. de Vallebona en 1256 (Cartulaire de ND de Bonheur ch 111)
-Le Cambon Mansus del Cambo , parrochia Sancti Andreae de Magencolis en 1235( Cartlaire de ND de Bonheur ch 17)
-Camias mansus de Camiaz qui est in parrochiae Sancti Andreae de Magencolis en 1224 ( Cartulaire de ND de Bonheur ch 43)
-Le Villaret mansus de Vilareto parochia Sancti Andreae de Magencolis en 1472 (fonds Azoris notaire du Vigan)
-La Coste mansus de Costa in parochia Sancti Andreae de Magencolis en 1275 (Cartulaire de ND de Bonheur )puis en 1312 ( papiers de la famille d’Alzon)
On trouve aussi le Malpas en 1331, La Grassarié en 1280, Pomaret en 1430, le Rey en 1224 et même Pinoch le 30 août 934, un record !

La paroisse de Saint André ne figure pas dans la bulle d’Adrien IV du 10 décembre 1156, qui énumère les biens et possession de l’évêque de Nîmes et du Chapitre et ce n'est qu'en 1224 qu'on la retrouve citée dans le cartulaire de Notre Dame de bonheur.

D'autres lieux mériteraient des recherches et des investigations, et si les menhirs et dolmens sont bien plus nombreux sur le causse voisin, il y a sur le territoire de la commune au moins un lieu qui s’appelle " pierre plantée " . Ce n’est pas un pur hasard. On peut dire que c'est le signe d'un habitat très ancien.
Saint André de Majencoules compte plus de dix-huit hameaux ou lieux-dits pour lesquels on trouve des traces écrites dès le début du 12ème siècle au moment où apparaît Parrochia Sancti Andreae de Magencolis (1224). C’est dire que ces lieux existaient très certainement quand les moines sont venus construire leur première église au lieu-dit Saint André. Un très bref retour en arrière nous permet de regarder cet éphémère évêché d’Arisitum : Le Vigan, dont Saint André dépendait. Grégoire de Tours nous apprend qu’il n’était pas placé sous la juridiction de l’évêque métropolitain de Narbonne. Il semble en effet qu’après la bataille de Vouillé en 504, l’autorité des Francs se soit installée ici, sans doute arrivés par le couloir de la vallée de l’Arre, plus accessible que par la muraille de l’Aigoual, plus difficile à franchir, et se soit arrêtée aux portes (peut-être le défilé de l’Hérault au nord de Ganges) de cette région qui a bien failli s’appeler " Septimanie" et qui était alors régie par les Wisigoths qui avaient supplanté en ces terres de Province romaine, l’empire romain en pleine décadence. On sait aussi que 200 ans après les Wisigoths, les Maures vinrent s’établir dans la région et prirent en main son organisation. Mais ils furent arrêtés aux frontières de nos régions, par exemple vers Meynes et Fournès en direction du Rhône, et chez nous très certainement au col de Mourèzes, entre Mandagout et le Vigan. Il y a là sujet à travail et à recherches pour compléter les monographies de nos villages cévenols. Saint André comptait 5 feux en 1384 selon le dénombrement de la Sénéchaussée de Nîmes, mais il est quasi sûr qu’il s’agit là du seul lieu-dit. En 1661 on dénombre 240 feux "catholiques" (les guerres de religion sont passées par là !) ; et en 1789 on dénombre 330 feux, sans doute déjà sur l’ensemble du territoire de la paroisse (1). La commune comptait près de 1800 habitants à la fin du 19ème siècle, à la grande époque de la sériciculture, des filatures et des fabriques de bas, pour retomber à 556 habitants en 2006. L’histoire de Saint André de Majencoules est étroitement liée à l’évolution de la paroisse et à celle du château.L’église a suivi l’évolution de la population et il ne reste plus rien de la primitive église. Du bâtiment reconstruit après le premier prieuré des moines pour en faire l'église paroissiale on trouve encore aujourd’hui la façade en granit du pays, de style roman toscan très caractéristique, avec un portail central (l’actuel n’est pas d’époque, et a été aménagé en même temps que celui de la grande filature, ainsi que celui de la façade du château, les trois étant strictement de même facture) un oculus, et quatre piliers encastrés dans la muraille, la première travée, dite des tribunes avec un bel arc roman et la tour du clocher, malheureusement revêtue de crépis. Ces trois éléments sont de la même époque romane. Tout le reste de l’église a été refait par un architecte qui a laissé dans le diocèse de nombreuses traces de son talent, mais en faisant fi de ce que l’époque romane avait bâti. Il est vrai qu’il fallait consolider et agrandir ! Les belles statues en bois dorées reléguées dans un premier temps dans les tribunes et supplantées par les statues actuelles en plâtre peint n’ont pas survécu aux différentes modes qui ont précédé ou suivi le dernier grand concile Vatican II.
Le cimetière qui était aux abords direct de l’église a été plusieurs fois déplacé, pour finalement abandonner son avant dernière place à l’entrée actuelle du village, aux abords de la grande croix, à la route qui traverse le village par le grand pont dans la direction de Mandagout. On peut avoir une idée plus précise du village et de sa structure médiévale, quand on l’aborde par l’ancienne route de Mandagout, du côté des anciennes écoles, puis on descend par la rue principale, qui passe sous la place en suivant l’actuelle rue dite du Prieuré, pour rejoindre le chemin qui grimpe le long du parc du Château et rejoindre l’autre entrée du village qui se faisait du côté de la petite croix dite "du regard ". De là on découvre un beau panorama sur Peyregrosse, et ses nombreux lieux-dits, sur La Coste, Les Pauses, le Bosc, les Launes, les Padens, les Suels et au loin Notre Dame de la Rouvière, Ardaillès, le Mont Liron et les derniers contreforts avant l’Aigoual, qu’on ne voit pas ! De cet endroit on peut revenir vers le haut du village, par un chemin qui offre une belle vue sur les toits des maisons, où la tuile romane a remplacé les ardoises ou lauzes, en passant par le vieux pont roman hélas très abîmé et qui mériterait classement et restauration. En faisant ce circuit on situe bien l’actuel château, baptisé Manoir Saint Louis sans aucun lien avec son histoire et ses différents bâtisseurs et propriétaires successifs. Probablement tour fortifiée à ses origines, sur un éperon rocheux, ce qui reste de la vieille construction a été habilement englobé par les constructeurs dans la structure actuelle. Les parties les plus anciennes sont la tour de droite quand on est face au château, la cuisine et l’arrière-cuisine ainsi que la cour de ce côté là. Toute cette partie est en décalage de niveau dès le premier étage. De même la tour de l’escalier et l’aile qu’il dessert. Ceci a obligé le constructeur à jouer avec les fausses portes et fausses fenêtres. La porte de la façade centrale et les fenêtres au dessus, donnent sur un mur maître, sans doute un des plus vieux murs du bâtiment. De même pour établir la grande salle on a percé un mur du moyen-âge (sic !) et toute la façade classique du château sur le village, porte des traces de fenêtres aveugles que d’aucun ont dit murées pour éviter de payer l’impôt sur les ouvertures. Ce n’est pas tout a fait exact si l’on étudie de près le découpage des pièces de l’intérieur. Il s'agit bien d'une question esthétique liée aux ajouts successifs et au niveau des différentes pièces.
Les derniers travaux ont été faits sous la responsabilité de Monsieur d’Assas de Chamfort, contemporain du Roi soleil, mais c’est son successeur qui est le plus connu. Maréchal de Camp des armées du Roi, noble Antoine Guichard de la Lignière, natif du Vigan a été élu, au bénéfice de l’âge, député de la noblesse aux Etats Généraux de 1789 pour la Sénéchaussée de Nîmes. Il fut ensuite député à l'Assemblée Constituante et membre de la "Parfaite Union". Les dictionnaires et autres ouvrages sur la Révolution nous disent qu’il n’eut pas une attitude bien définie et ne fit aucune intervention remarquée. Ce sont ses initiales qui sont entrelacées au-dessus du beau portail en fer forgé de la cour d’honneur du château.
Les Delpuech de Lomède lui succédèrent.
Après avoir pris une part active dans la vie et l’administration de la commune à la fin du 19ème siècle et au tout début du 20ème ils laissèrent leurs biens de Saint André à l’évêché de Nîmes qui permit à l’Association diocésaine de Vacances d’organiser là des séjours de vacances pour les jeunes nîmois et gardois.

Le château a été repris par la municipalité qui offre ainsi aux habitants un lieu agréable de rencontres et d’activités diverses, ainsi que des possibilités d’accueil de groupes de passage venus découvrir nos belles Cévennes.
Les armoiries qui sont sur le pilier de droite à l'entrée du choeur, ne sont pas celles des del Puech de Lomède comme on l'a cru et dit pendant très lontemps. Ce sont les armoiries de la famille Trono devenue Tron, puis Tron de Bouchony par les différentes alliances de cette famille. Originaire de venise où un de ses membres , Nicolas Trono fut doge au Xème siècle, un de ses membres vint s'implanter à Avignon et épousa une fille unique, Melle de Bouchony, dont il prit le nom.
Auguste Tron de Bouchony ( 1838 - 1908 ) avait épousé, le 20 février 1870, à Saint André de Majencoules, Hilda Del Puech de Lomède ( 1843 - 1912 ), la soeur aînée d'Oswald Del Puech de Lomède.
Les armes se lisent ainsi : " Bandé d'or et de gueules de six pièces, au chef d'or chargé de trois fleurs de lis de gueules, au pied nourri qui sont Trono" surmonté d'une couronne de marquis, qui a disparue lors de la dernière restauration de l'église.
( Il y a bien six bandes or et gueules et le chef est bien avec trois fleurs de lys à la forme caractéristique: "au pied nourri")
Les armes sur le pilier en face, sur la gauche, sont les armes des Bérard de Montalet-Alais, famille aliée aux Tron de Bouchony et aux de Lomède.

Le village a lourdement payé son tribut aux différentes époques et les guerres de religion l’ont profondément marqué. Le duc de Rohan au 17ème siècle a tenté de convaincre les habitants de rejoindre la religion protestante. La résistance des habitants a été forte et les maisons ont été détruites jusqu’au niveau des caves. Si on regarde les façades ont voit nettement en plusieurs endroits de belles portes, aux pierres très finement et sobrement taillés, de type médiéval, et on s’aperçoit qu’au-dessus l’habitat est différent. On ne trouve qu’une seule fenêtre à meneaux dans une petite ruelle, à droite en montant dans la rue principale sur le côté droit. Quelques génoises au bord des toits, en pierres taillées, indiquent les plus vieilles maisons. Au 18ème siècle c’est la guerre des camisards qui a sévit en ces lieux restés très catholiques.

Il en reste une coutume en train de se perdre qui est de marquer l’entrée principale des maisons d’une croix souvent peinte à la chaux. C’était le signe d’appartenance à la religion catholique et ce sceau évitait massacres et destruction. La fermeture des filatures, l’arrêt des usines à Peyregrosse, ont marqué de nombreux départs et la perte de vitesse de la commune.
Ces dernières quarante années les lieux-dits et hameaux après s’être désertifiés voient arriver une population nouvelle qui se sent bien ici. L’administration communale a repensé l’organisation de la vie de façon différente et plus adaptée aux modes de vie actuels : adduction d’eau d’abord, puis regroupements des écoles, aménagements de lieux de rencontres comme le château, piscine, soutien à de nombreuses initiatives locales, actions qui ont permis de revitaliser la Commune.
La culture de "l’oignon doux des Cévennes ", …et de saint André ! l’aménagement des nouveaux locaux de la coopérative à Cluny, sont autant de facteurs qui prouvent que la Commune de Saint André a pris les dispositions qu’il fallait pour regarder l’avenir.

(1) de façon générale, on compte au moins 5 personnes pour un feu.

Jean Mignot
Mai 2006

Armoiries de Saint André

Armoiries de Saint André
La commune s'est dotée, à une époque récente d'un bel écus " de geules à la croix d'argent de Saint André ", mais les vraies armoiries de Saint André se retrouvent dans la famille d'Assas, dont une branche possède dès le 15e siècle un fief à Peyregrosse. L'histoire de la famille d'Assas nous donne la description des armoiries de Saint André, dûment enregistrées à l'Armorial Général Officiel de France ( 1697 - 1707), le "d"Hozier". Les historiens nous disent que les différentes branches de la famille d'Assas, unifièrent leurs armes et prirent celles de la seigneurie de Saint André de Majencoules. On trouve aussi la précision suivante: " Valentin d'Assas et Isabeau du Caillou avaient déclaré, lors des preuves de 1668, les armoiries de Saint André de Majencoules, c'est à dire :" d'or au chevron d'azur accompagné en chef de deux pins de sinople et en pointe d'un croissant de gueules, au chef d'azur chargé de trois étoiles d'or ". Voici donc les vraies armoiries de Saint André de Majencoules. Une des branche d'Assas, devait donner les d'Assas de Chamfort propriétaires du château de Saint André, et une autre branche donnera plus tard le célèbre Chevalier d'Assas.

Le Château - façade principale -

Le Château - façade principale -

Le Château de Saint André

ou "Manoir Saint Louis"

Dans la nuit des temps se perd son histoire ! Le château actuel a été bâti au cours du XVIII e siècle sur les ruines d’un manoir de belles proportions qui avait abrité des races féodales, habiles dans l’art de manier tour à tour l’épieu de chasse et la hache d’arme.
De cette époque remarquable il nous reste la cuisine actuelle et les pièces à l’arrière ainsi qu’une chambre au premier étage sur la façade Nord-Est, ainsi que la tour de gauche de la façade principale, dont les belles marches de granit résonnent encore du bruit des pas des gentilshommes du passé. On peut remarquer l’épaisseur des murs de ce côté de la bâtisse ainsi que la hauteur des pièces moins élevée que celles du château moderne. Les fenêtres en trompe l’œil permettent de retrouver l’équilibre sur les façades principales, Sud-Ouest et Nord-Ouest notamment. C’est à noble Messire d’Assas de Chamfort, contemporain des derniers jours du Grand Roi et de la Régence de Philippe d’Orléans que revient l’honneur de la construction du château actuel.

Celle-ci fut poursuivie dans la suite et ne fut définitivement terminée que par Messire Antoine Guichard de la Linière, à la veille même de la Révolution de 1789. C’est de ce député de la Noblesse aux Etats Généraux que la grille du Portail porte encore à son fronton les initiales entrelacées.On a du mal à s’imaginer ce que pouvait être l’ancien château, dominant le village et le protégeant, quand l’entrée du village se faisait encore par le nord, via la petite croix dite « du regard » au fond du parc, et le vieux pont roman en haut du village. L’aménagement du parc actuel, la transformation de la rampe d’accès pour laisser passer la route actuelle et la construction du grand pont, ont fait perdre au village son aspect fortifié. Le château dominait alors l’actuel parking à l’entrée du village (ancien cimetière plusieurs fois déplacé). La grande croix n’était pas à cet endroit et du côté sud l’entrée dans le village se faisait par le chemin qui passe sous le chevet de l’église. Le château avait alors toute sa fonction de sentinelle.
Au lendemain de la restauration des Bourbons ; les Delpuech de Lomède prirent en mains les destinées du château et en demeurèrent propriétaires jusque dans les années 1950. Ils prirent une part active dans la vie et l’administration de la commune. A la mort du Chanoine Maurice de Lomède, la famille, céda le château à l’évêché de Nîmes.

Affecté en 1953 à l’œuvre diocésaine, pendant plus de quarante ans furent organisés ici des séjours de vacances pour les enfants de Nîmes et de tout le département. C’est à cette époque qu’il fut baptisé « Manoir Saint Louis ».
La piscine a été construite pour les séjours de vacances d’enfants, sur l’emplacement d’un grand bassin alimenté par un réservoir captant les eaux du ruisseau « lou Valat » en amont du village. De là partait tout un réseau d’irrigation et de récupération des eaux de pluie aujourd’hui disparu. (La grande croix à l’entrée du village est élevée sur un ancien bassin de récupération des eaux pluviales).
Mis en vente dans les années 90, le château est aujourd’hui propriété de la mairie de Saint André de Majencoules qui a entrepris le maintien et la remise en état du bâtiment et qui assure sa gestion au service des habitants et de la région.

Jean Mignot Juin 2004

Guichard de La Linière

Guichard de La Linière

La famille Guichard est une vieille famille du Vigan. Elle n’a était anoblie qu’en 1777 et est devenue titulaire du titre seigneurial de Saint André de Majencoules que par son alliance avec une branche de la famille d’Assas, les d’Assas de Chamfort, qui détenaient ce fief depuis plusieurs centaines d’années. (on trouvera sous une autre rubrique et prochainement l’histoire de la famille d’Assas)

Les armes des Guichard de la Linière sont, selon le Grand Armorial de France de Jougla de Mornas :

« D’argent à trois têtes de lion de sable arrachées languées de gueules, couronnées d’or, posées d’or, lampazé de gueules, couronnées, posées 2 et 1 »

Antoine Annibal Guichard voit le jour au Vigan et porte le titre de Seigneur de La Linière. C’est un militaire, Capitaine Aide-Major au Régiment de la Reine Cavalerie.
Il est décoré de l’Ordre de Saint Louis avec le titre de Chevalier .

Il a une sœur Jeanne dont nous ne savons rien.

Il se marie avec Françoise Arboux. De ce couple naîtront deux enfants :
- Louise Françoise née le le samedi 31 mai 1721 au Vigan
- Antoine François né le dimanche 6 février 1724 au Vigan
Antoine Annibal décède en 1753

Louise Françoise Guichard se marie le 14 août 1759 avec François Xavier Daudé d’Alzon, Officier de Cavalerie, Maire péerpétuel du Vigan, Subdélégué de l’Intendant du Languedoc, Juge de la Viguerie du Vigan.
Il est le fils légitime de Jean Daudé d’Alzon et de Madeleine Roussy. Ce Jean Daudé est le petit-fils de Jacques Daudé, Seigneur de la Coste, Conseiller du Roi. Il s’est illustré par sa lutte contres les Camisards et fut mortellement blessé en 1704. Ces enfants obtinrent d’ajouter à leur nom le titre d’Alzon. Ce sont les ancêtres du célèbre père Emmanuel d’Alzon dont les racines familiales sont bien sur la Commune de saint André de Majencoules, au hameau de la Coste, dans la grande maison au bas du hameau, dont la porte d’entrée, porte encore en fer forgé la grille avec le « D » de Daudé ; même si actuellement cette partie de la grille est masquée à la vue.
Il meurt le 22 août 1786.

Antoine François Guichard de la Linière se marie, le 27 janvier 1761 à Saint André de Majencoules avec Gabrielle d’Assas, fille légitime de Jean-François d’Assas et de Marguerite Brun ( ou de Brun).
Gabrielle d’Assas est la fille de Jean-François d’Assas, dit de Chamfort qui était seigneur de Saint André de Majencoules, d’Ardaillès et d’Hierle, titre qui est repris en partie pour ce qui concerne Saint André par Antoine de La Linière. Il descendait d’une branche de la famille d’Assas, seigneur de Peyregrosse, dont on retrouve des traces dès le 15ème siècle. C’est d’une autre branche de cette famille que descendra le célèbre Chevalier d’Assas.
Les d’Assas portent les armes de Saint André, ce qui est attesté dans les temps les plus reculés. Elles se lisent : « d’or au chevron d'azur accompagné en chef de 2 pins de sinople et en pointe d’un croissant de gueules, au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or. » Ces armes et la famille d’Assas sur la commune sont citées dès Valentin 1er d’Assas dit de Peyregrosse, né en 1350 et décédé en 1438. On peut dire que ce sont les vraies armoiries de la Commune, tant la famille d’Assas a marqué ces lieux par sa présence pendant plus de 400 ans. Nous verrons que les différentes branches de la famille d'Assas et leur nombreuse descendance, ont repis ces amoiries avec quelques nuances.
Le couple La Linière –d’Assas a un premier fils le lundi 22 novembre 1762 qui meurt à sa naissance et dont nous n’avons pas retrouvé les prénoms.
Un deuxième fils prénommé Antoine Louis voit le jour le mercredi 25 octobre 1769.
Comte de La Linière , il est Seigneur de Seigneur de Saint André de Majencoules par le titre qu’il détient de son épouse d’Assas de Chamfort. Il est Chevalier de Saint Louis. C’est lui qui est anobli en 1777.
Militaire, il est successivement :
Cornette au Régiment d'Egmont-Cavalerie ( 7 avril 1746)
Maréchal de Camp des Armées du Roi (1/1/1784)
Député de la noblesse aux Etats Généraux (1789) il dut surtout son élection à son âge (65ans).
La désignation des Députés de la Noblesse pour les trois diocèses de la Sénéchaussée de Nîmes du diocèse, ( les départements n'existaient pas encore) eu lieu les 28 et 29 mars.
Le Marquis de Fournès, grand noble traditionnel, fut élu au premier tour.
Le choix d'un deuxième député fut plus difficile. Après qu'un deuxième tour n'eut pas réussi à départager les votants entre le Baron d'Aigaliers et M. de la Linière, l'Assemblée de la noblesse procéda à un troisième tour. Les deux candidats en lice obtinrent chacun 124 voix pour 258 votants . Il fut alors décidé, en vertu du réglement que M.de La Linière était élu au bénéfice de l'âge, au titre du diocèse d'Alès.
Le troisième député de la noblesse fut élu ensuite et c'est le Baron de Marguerittes, magistrat municipal, partenaliste et libéral, qui l'emporta sur le marquis de Clausonnette.
Le quatrième député de la noblesse fut le Baron d'Aigaliers, esthète, militaire et littérateur , récemment converti aux charmes de l'économie politique et séduit pas Necker. Il était le frère du futur amiral de Brueys qui devait s'illustrer tristement à Aboukir.
La Linière, Maréchal de Camp, avait alors 65 ans. Il était soutenu par la noblesse cévénole, en particulier du Vigan. Certains malveillants disent qu'il avait "la particule récente". La Linière, outre son titre militaire semblait partager le goût des Belles-Lettres avec le baron d'Aigaliers. Les historiens s'étonnent de son élection, en soulignant son extrème discrétion alors que d'autres nobles de son diocèse se sont distingués par leurs interventions au cours des semaines précédentes.

Tous les historiens s’accordent à reconnaître cela et à dire que son rôle fut totalement insignifiant au cours de l’Assemblée.
Député de l’Assemblée Constituante
Membre de la Parfaite Union (loge maçonnique constitué par le Grand Orient le 5 octobre 1780 et dans laquelle on retrouve la plupart des hommes "biens nés" du Vigan, tel François Quatrefages de la Roquette, Constituant et Maire du Vigan.
Antoine F. GUICHARD de LA LINIÈRE après l'attaque du château de Saint André en Avril 1792, se retira au Vigan où il mena une vie consacrée au bel esprit et à la dévotion. Ruiné, il est décédé le lundi 4 janvier 1808, à l'âge de 83 ans, au Vigan (30120).

Antoine Louis GUICHARD de LA LINIÈRE
Capitaine au Régiment du Roi-Cavalerie. Il porte le titre de Chevalier.
Il se marie au Vigan, avec Françoise Jeanne de ROUSSY, la fille légitime de Gabriel François de ROUSSY et de Jeanne Ange de PAROUTY. Ce couple n’aura pas d’enfant.
ce couple.
Il figure sur la liste des personnes émigrées pour le département du Gard, et ce dès avant le 2 novembre 1792.
Guichard Antoine Jean Louis ( dit Lalinière) - c’est ainsi qu’il est répertorié sur la liste- , et noté comme ancien officier de Cavalerie, né au Vigan, département du Gard. La liste précise qu’il a d’abord été incarcéré à Nîmes ainsi que son père.
Il est à nouveau sur la liste des émigrés de l’An 11. Mais il revient en France en 1794. Il est pris à Valenciennes et traduit devant la commission militaire de cette ville qui, en date du 5 vendémiaire an 3 , séance tenante, le condamne à mort .
Traduit devant le Tribunal Révolutionnaire, il est guillotiné à Paris le 26 septembre 1794. Il avait 24 ans.

Ainsi disparurent les Guichard de La Linière, dont la seule trace de leur brève existence est à Saint André, le monogramme « G » et « L « entrelacés au fronton du grand et beau portail de fer forgé à l’entré du château.
On remarquera que la famille Guichard qui tenait une vraie noblesse par ses lointaines origines et son implantation en pays viganais, a tenté, comme bien des familles à cette époque, d’obtenir un titre de noblesse et qu’elle a tenté d’asseoir ce titre par des alliances avec les Daudé d’Alzon et avec les d’Assas, entre autres familles illustres et influentes du secteur. Mais un des contrecoups de la Révolution fut la disparition tragique d’Antoine Louis Guichard de la Linière .

Généalogie del Puech de Lomède

Généalogie del Puech de Lomède
Ascendance d'Oswald de Lomède

Famille del Puech de Lomède - descendance d'Oswald de Lomède

Oswald del Puech de Lomède était le fils de Maurice Louis Marie del Puech de Lomède, lui-même maire de Saint André et Conseiller de canton et de Valérie Louise Olympe Mélanie de Montalet.
Il était Conseiller de Préfecture à Narbonne quand il s'est marié le 25 novembre 1875 avec Claire Jamme de la grande famille Jamme de Labastide-Rouairoux près de Mazamet, fabricants de draps et patrons de lainières à Mazamet et environs.

Ce couple a eu trois enfants:

- Fernand, marié à Yvonne de La Brosse, mort pour la France le 16 avril 1915,

- Thérèse qui n'a pas eu de postérité

- Maurice Chanoine de l'Eglise de Nîmes

La descendance de Fernand del Puech de Lomède est la suivante :

- Solange,
mariée à Jean de Juge de la Ferrière
d'où descendance

- Thérèse
mariée à Gaëtan Maine de Biran
d'où descendance

- François.

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mercredi 1 juillet 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


A propos de Juillet 2009


Juillet rompt avec la dénomination des autres mois. Cinquième mois de l’année romaine, Quintilis, il ne tient pas son étymologie de sa place dans le calendrier, et il n’est pas voué à un Dieu mais il tire son nom de la famille de Jules César : les Julius. Bel hommage à celui qui avant la réforme grégorienne de 1582 avait fait opérer la grande réforme du calendrier dit « Julien ». Ce changement de nom eut lieu l’année même de la mort de Jules César, en 44 avant JC, sur la proposition de Marc-Antoine ( le futur Antoine rival d’Auguste ).
Juillet rompt aussi avec les habitudes car il annonce les vacances et apporte la chaleur, qui va devenir « canicule » quand juillet va devenir « thermidor »
Juillet, c’est le mois sacré où l’on met les foins et moissons au grenier, le verger en confitures et le potager en conserves. Les jours diminuent d’une heure pendant le mois mais ils durent encore environ quinze heures et trente minutes.

« Et je croys se je vous disoye
Les valeurs qui sont en mon fait
Qu’à grant peine creu je seroye,
Et si suis le moys de Juillet,
Je suis joyeux e peu de plet
Pour tous biens faire tost meurir.
Si doit on bien de cueur parfait
En mon temps Jesucrist servir. »

Grand Calendrier des Bergers – Guiot Marchant , 1496

La tonalité du mois est plaisante et heureuse : « En juillet, mois d’abondance, le pauvre a toujours sa pitance ! » « Soleil de juillet donne la fortune ! » ou encore : «Juillet ensoleillé emplit caves et greniers ». Et « Si juillet est beau il emplit caves et tonneaux ! ».
Un beau mois de juillet, ne signifie pas, comme pour les citadins qui songent surtout à leurs congés payés, trente et un jours uniformément ensoleillés. Trop de chaleur en juillet aurait des conséquences désastreuses : « Juillet sans orages, famine au village ! ». Ces pluies de juillet ne « pourrissent » pas la terre, souvent car elle est trop sèche ; c’est le sens de ce dicton : « pluie de juillet, eau en panier ».
Mois des moissons et des fenaisons : « En juillet faucille au poignet » ; « Quand juillet commencera, ta faux affûtera ! ». On n’entend plus dans nos villages les paysans qui « piquaient » leur « daille » c'est-à-dire tapaient sur leur faux avec un marteau sur le support d’une sorte de toute petite enclume qu’on plantait en terre. Maintenant on entend les moissonneuses-batteuses et on les voit de loin à cause de la poussière qu’elles soulèvent.
Un vieux proverbe conseille d’éviter les excès de toutes sortes : « Oou mes de juille, ni fenno ni cooule ! »…ni femme ni choux ! je préciserai seulement que le chou est cité ici à cause de sa digestion connue comme difficile ! «En canicule point d’excès, comme en tout temps point de procès » conseille un autre dicton.
La Révolution qui avait tenté une réforme du calendrier avait baptisé cette période de fin juin et début juillet, de Messidor, puis de Thermidor à partir du 22, en donnant à chaque jour un nom de plantes, d’animal ou d’outil. C’est ainsi que le 22 juin correspondant au 1er messidor était « Seigle ». Le 14 juillet était consacré au « Haricot » ce qui aurait pu permettre à Monsieur de Launay, à la fin de ce jour en 1789 le jeu de mot que l’on peut imaginer ! Mais le calendrier révolutionnaire n’était pas encore inventé !
Quand juillet va devenir « Thermidor », le 22 de ce mois, il sera alors exactement dans ce qui correspond à la période de « canicule ». Car il n’y a de « canicule » que pendant le laps de temps où le soleil se lève et se couche en même temps que la constellation du chien ou du Grand Chien, (canis en latin), constellation dont l’étoile la plus connue est Sirius, une des étoiles des plus brillantes puisque de diamètre 1,8 - c'est-à-dire à peine plus grosse que le soleil - et qui brille 23 fois plus. Comme il fait chaud à cette période, du 23 juillet au 24 août c’est le diminutif latin, canicula qui a donné le nom à cette période. Par contre on devrait dire quand il fait très chaud à d’autres moments de l’année « il fait une chaleur de canicule » c'est-à-dire : « comme pendant la période de la canicule » par référence à cette période des mois de juillet et d’août, et bien que le thermomètre avoisine ou dépasse les 30° en ce moment, ne pas parler encore de « canicule ».
C’est dans cette période, à cheval sur juillet août, que l’on trouve les fêtes de saints qui sont presque tous représentés dans la tradition chrétienne, avec un chien. Saint Roch, saint Christophe, saint Dominique aussi parfois ! Mais tout ceci est moins historique.
Qui de nous pense à tout cela quand il se plaint de la forte chaleur, en période de canicule ? On dit plutôt : « il fait un temps de chien » quand il ne fait pas beau…Bizarrerie de nos expressions populaires.
Ce mois de juillet 2009 nous amène deux éclipses, une de lune et une de soleil. Je rappelle que lorsque la pleine lune se produit à un nœud lunaire il y a éclipse de lune et si la nouvelle lune a lieu au voisinage d’un nœud lunaire il y a éclipse de soleil. Les plantes ressentent intensément ces phénomènes. Il faut les laisser se reposer ces jours là.
Je rappelle aussi que c’est toujours au moment du nœud lunaire, et à plus forte raison quand la lune est à son périgée ou à son apogée et quand elle change de phase qu’on observe des perturbations, sans pouvoir dire avec précision où elles vont avoir lieu. Pour ce qui est de la nouvelle lune, depuis le mois de janvier de cette année les observations se sont vérifiées. Cette année en effet le cycle lunaire se rapproche de notre calendrier selon la loi de Méton dont je vous ai déjà entretenus. C’est ce qui permet de prévoir le temps en observant la course des astres, ce qui bien sûr n’a pas la même précision que les observations des satellites ou des astronomes et autres météorologues.
La pleine lune tombe le 7, à son apogée avec un nœud lunaire le 8. Il y a une éclipse de lune. La courbe de la lune va devenir « montante à partir du 8 juillet. Ca va être le moment de marcotter les glycines et les bignones, de raccourcir les rameaux non productifs des pommiers et des poiriers ( il faut couper après la 5ème feuille). Pour la vigne il faut tailler les rameaux qui portent des grappes, deux feuilles après la dernière. Même chose pour les tomates, les courges et courgettes et les concombres. On dit « pincer ».
C’est le moment de cueillir les fleurs de camomille, de soucis, de lavande, de tilleul, et les faire sécher pour faire des tisanes.
Vers le 15 juillet, on pourra couper, en milieu de journée, par beau temps, avant leur floraison, les plantes aromatiques, estragon, marjolaine, origan, romarin, sarriette, sauge, thym, puis les faire sécher. Cette période est aussi favorable pour faire du purin d’ortie ou de consoude.
Le 22 juillet avec la canicule qui arrive et le thermidor des révolutionnaires, ce sera la nouvelle lune, le périgée de sa courbe, un nœud lunaire et une éclipse de soleil, il est vrai visible seulement quelque part au Nord de l’Inde ou au Centre de la Chine. On ne sait jamais ! si vous êtes par là ! Avec le risque qu’il fasse autour de ces jours « un temps de chien » ! Certainement des orages..ici ou là.
Voyons ce que disent les dictons des saints fêtés à ces dates. Le 7 juillet pour la saint Raoul : « Quand à saint Raoul le soleil brille, c’est le moissonneur qui grille ! » Gageons qu’il fera encore très chaud cette année. Le 8, pour la sainte Virginie, « la récolte des fraises est finie » dit-on en Picardie. Et à la saint Edgard, ce même jour : « On entend du coucou le dernier chant » trouve-t-on en Aquitaine.
Le 22 juillet c’est la grande fête de la Saint Madeleine, celle de Vézelay mais aussi celle de Provence. C’est la même... on a partagé ses reliques ! cette date marque un grand changement que nous soulignent tous les proverbes à son sujet. En voici un bouquet : « A la sainte Madeleine, la noix est pleine, la noisette est bonne à manger, le raisin formé, le blé au grenier, la paille au pailler ». Mais « S’il pleut à la sainte Madeleine on voit pourrir noix et châtaignes » ou encore « Si à la sainte Madeleine soufflent les vents, ils emportent les figues avec les dents ». On dit aussi en référence à la fameuse scène où la pécheresse après avoir baigné les pieds de Jésus de ses larmes, les oint de parfum et les sèche avec ses longs cheveux « A la saint Madeleine, il pleut souvent, car elle vit son maître en pleurant ». On trouve aussi « S’il pleut à la sainte Madeleine il pleut durant six semaines » aie ! pour notre mois d’août et nos vacanciers.. ou « s’il pleut pour la Madeleine, il faut six semaines pour calmer sa peine ». Je ne ferai pas d’autres prévisions.
Le 25, c’est la fête du Grand Saint Jacques, le Majeur, celui de Compostelle. Sa fête est un jour « pronostic » pour l’hiver prochain « Si saint Jacques est serein, l’hiver sera dur et chagrin » et aussi « le vingt-cinq sans pluie, hiver rigoureux ».
Je ne citerai plus pour ce mois que la fête de saint Germain, dit l’Auxerrois, car pour terminer ce mois de juillet 2009, tous les proverbes pour ce jour sont très favorables : « Chaleur du jour de saint Germain, met à tous le pain dans la main » et encore, « S’il pleut à la saint germain, c’est comme s’il pleuvait du vin »
Que vous souhaiter de plus pour ce mois de juillet.. du pain et du vin !

Addisias !

Jean Mignot le 1er de juillet 2009


lundi 1 juin 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


Du mois de juin 2009


Juin est un mois qui commence presque toujours avec des sautes d’humeur, comme le temps qu’il fait pendant le tournoi de Roland Garros. Cette période bien connue des météorologistes a été baptisée « la mousson d’Europe ». C’est un mois qui souffle le chaud et le froid, ce qui lui vaut toute une kyrielle de dictons, qui disent tout et le contraire, tant on a besoin que ce mois soit beau pour les foins et pour les moissons.

« Chacun sait, ma saison est belle,
Je suis le mois de juing nommé
Qui fait tondre, la chose est telle,
Brebis, moutons a grant planté.
En tous temps doit estre loué
Celluy qui tant de biens envoyé,
Car en mon temps, c’est vérité,
Abondent tous biens à montjoye… »

Grand Calendrier des bergers, Guiot Marchant 1496

Qualifié de « mois « brillant » de Charlemagne », sans doute à cause de la victoire de celui-ci sur les Lombards en 774. Juin est le mois des jours les plus longs, le mois des roses, de la fauchaison, de la fenaison dans le Midi, de la taille « au vert », des dernières semailles du maïs, du sarrasin et des légumes d’automne. C’est le temps des cerises, des groseilles, des framboises, de la splendeur de la nature et de ses récompenses. Juin nous amène les jours les plus longs avec douze minutes de plus soit une durée de seize heures pour la course du soleil, au moment de son solstice.
La pluie de juin est donc redoutée car si elle est persistante elle va entraîner un déficit de chaleur qui pourrait occasionner la dégénérescence des fruits et le pourrissement des fleurs. Le pollen entraîné par les averses, « coule » avant qu’il n’ait pu féconder les fleurs.
« Juin pluvieux vide celliers et greniers » ou encore « Eau de juin ruine le moulin » par voie de conséquence. !
« Temps trop humide en juin, au paysan est grand chagrin ».
On préfère souhaiter du beau temps : « Beau mois de juin, change herbe rare en beau foin » ou « Beau temps en juin abondance de grain ». La vigne participe à cette allégresse : « Prépare autant de tonneaux qu’en juin seront de jours beaux ».
Las ! Juin c’est le mois de la Saint Médard, le saint sans doute le plus célébré par la verve « dictonne » : « S’il pleut à la saint Médard, il pleuvra quarante jours plus tard ! ». Il faut pourtant apporter ici une précision d’importance. Ce dicton daterait du XI ème siècle. A cette époque, on vivait encore sous le calendrier julien. La saint Médard était alors située le 20 juin, à proximité du solstice d’été qui était alors le 24 juin, période où la lumière solaire est la plus vivifiante, et époque où les influences astronomiques peuvent amener des troubles atmosphériques se traduisant par des orages et de la pluie. S’il fait beau ou pluvieux ce jour-là, les conditions de la saison s’en ressentiront sûrement. Cette forte croyance populaire avait donc sous le calendrier julien des bases météorologiques solides. Avec les modifications du pape Grégoire XIII en 1582, la saint Médard gagna douze places (8 juin) et sa pluie a perdu l’importance que les adages populaires continuent de lui prêter. On adopta alors saint Barnabé pour donner un sens restrictif aux dictons de la saint Médard. Mais les automatismes ont la vie dure ! « Quan ploou pers an Médar, De la recolto empouerto un quar ; Quan ploou pa, N’empouerto la mita. »
(Quand il pleut pour la saint Médard, de la récolte il manque un quart, quand il ne pleut pas, il en manque la moitié).
En réalité, comme je l’ai si souvent rappelé ici, c’est de l’influence de la lune qu’il faut parler. Voyons donc où en est sa courbe avec les passages délicats qui sont toujours sources de perturbations.
La pleine lune est le 7 et elle sera à son apogée le 10. On peut penser qu’il pourrait faire beau temps. Voyez les nuances… malgré la saint Médard le 8 juin.
Pour ce qui est du personnage du saint et de sa fête en ce 8 juin, il n’y a qu’une lointaine relation de cause à effet. En effet saint Médard était un jeune picard, né à Salency, en 457, puis devenu évêque de Noyon. Il est connu pour être resté tout un jour sous une pluie battante – sans doute une de ces violentes pluies d’orages fréquentes en ces périodes - sans être mouillé. De là à en faire un « marchand de parapluies » !
Au siège de Namur, en 1692, la saint Médard n’a pas failli à sa renommée. « Le beau temps se tourna en pluies, de l’abondance et de la continuité desquelles personne de l’armée n’avait vu d’exemple, et qui donnèrent une grande réputation à saint Médard. Il plût ce jour-là à verse, et on prétend que le temps qu’il fait ce jour-là dure quarante jours de suite. Le hasard fit que cela arriva cette année. Les soldats, au désespoir de ce déluge, firent des imprécations contre ce saint en recherchant, des images et les rompirent et brûlèrent tant qu’ils en trouvèrent. » écrit Saint-Simon dans ces Mémoires.
On ne peut dissocier Saint Médard de son compère Barnabé. : « Quand il pleut à la saint Médard, si Barnabé ne lui ferme pas son bec, il pleut quarante jours après ! » C’est ce qui justifie le dicton suivant : « Le jour de la saint Barnabé ( le 11 juin), est le plus beau jour de l’année. » C’est lui en effet qui vient : « Couper l’herbe sous les pieds » de son compère, baptisé de « grand pissard » et « reboutonner sa culotte ». Pour faire le pendant à son compère Médard, on dit que Barnabé était « marchand d’ombrelles » !
Mais s’il pleut pour la saint Barnabé, c’est un mauvais présage : « S’il pleut pour la saint Barnabé, mauvaise affaire ! ».Avec leurs compères Gervais et Protais que l’on confond souvent avec les saints de glace dont je vous ai entretenus le mois derniers, les choses ne vont pas mieux : « S’il pleut à la Saint Gervais ( ou la veille) pour les bleds, c’est mauvais signe, car d’iceux la tierce partie est ordinairement pourrie, à cause que pendant trente jours le temps humide aura son cours. Que si tel jour était serein, qu’on assure d’avoir du grain ». Observons donc le temps de ce 19 juin pour les récoltes et aussi pour organiser nos fêtes et réunions de famille de cet été.
Le nouveau mois lunaire cette année, commence le 22, lendemain du solstice d’été, et la courbe de l’orbite lunaire à son périgée le 23. C’est dire qu’on peut prédire presque à coup sûr des perturbations atmosphériques ces jours-là. Ou des orages ! La fête de la musique et les feux de la saint Jean ne vont pas se dérouler sous les meilleurs auspices. Je peux me tromper. Je ne suis pas astrologue et encore moins météorologue.
Pour donner une note plus sereine je parlerai encore ici de la fête de la musique, désormais fixée au 21 juin alors que l’origine sa véritable origine serait à situer pour la belle fête de la Saint jean le 24, puisque c’est à cette fête que l’on doit le nom des notes de la gamme.
C’est un moine, Guy, de la petite ville d’Arezzo en Toscane, proche de Sienne, qui au XI ème siècle, en recherchant à la fois un système de notation musicale et un système de codification des intervalles musicaux, a imaginé ce qu’on désigne aujourd’hui par le mot de « gamme ». Alors qu’auparavant les notes étaient choisies dans les premières lettres de l’alphabet, c’est lui qui inventa le procédé mnémotechnique par lequel on nomme les notes de la gamme dans les pays latins, à partir des syllabes initiales de chaque vers de l’hymne des Vêpres de la fête de saint Jean Baptiste :
Ut queant laxis
Resonare fibris
Mira gestorum
Famuli tuorum
Solve polluti
Labii reatum
Sancte Ioannes.

Ce qui signifie approximativement:( Pour que puisse résonner sur les cordes détendues de nos lèvres, les merveilles de tes actions, enlève le péché de ton impur serviteur, O saint Jean.) et n’a pas grand chose à voir avec la musique elle-même !
Ce détail historique est bien connu des bons amateurs de musique, même si quelques chercheurs tentent une nouvelle approche, comme récemment en 1988 MM Chailley et Viret dans La Revue Musicale, qui voudraient interpréter autrement cette origine du nom des notes. Ce serait dommage d’effacer cette jolie histoire !
La musique est bien au cœur du solstice et de la fête du grand saint Jean. Cette belle fête d’été se situe au moment où le soleil brille le plus longtemps. Elle a remplacé les fêtes païennes du solstice d’été et les feux de joie que l’on allumait un peu partout dans les campagnes au soir du 23 juin, tradition qui s’est perpétuée à travers les siècles et encore aujourd’hui dans nos campagnes et même à Paris au pied de la Butte de Montmartre. Seuls la sécheresse et les risques d’incendie, ou les orages, viennent perturber ces vieilles coutumes !
"A la Saint Jean, les feux sont grands "Pour ces feux, on collectait autrefois, fagots et bûches, de maison en maison : tout refus attirerait des calamités sur la famille ! A la nuit noire, le bûcher était allumé par le prêtre, ou parfois les derniers mariés, ou encore des enfants prénommés Jean ou Jeanne. Rondes et concours de sauts allaient bon train. On récitait des prières.
La fumée du feu de la saint Jean est sensée protéger enfants et animaux des maladies et paraît propice à la fécondité. C’est le moment, pour les jeunes couples, de faire connaître leur intention de mariage sautant au dessus du feu main dans la main. Pour autant, ce n’est pas la bonne époque pour la noce : gros travaux obligent ! On attribue aux feux de la saint Jean des pouvoirs « fécondants ». On brûle plantes parasites et animaux répugnants comme les serpents, les rats, les crapauds. La braise, recueillie dans un sabot, est répandue dans un champ ou un jardin pour éloigner les nuisibles. Les cendres ont des vertus purificatrices pour les couples et les animaux ; Un tison placé sur le rebord de la fenêtre protège de la foudre ou de l'incendie.
Au matin de la Saint Jean, il est bon de puiser de l’eau à trois endroits différents pour se préserver des maladies de peau. La nuit du 23 au 24, à la clarté de la lune, « al rai de la luno », ou le matin, avant l’aube, il faut cueillir les fameuses « herbes de la saint Jean », « lis erbo de sant Jan » appelées aussi « li planto de la luna ». C'est en effet, lors du solstice d'été que les plantes contiennent le plus d'énergie.
On en dénombre une bonne trentaine. La plus réputée est le millepertuis qui protège du tonnerre, chasse le diable. On l’appelle chez nous « l'erbo de l’oli rouge » car on fait infuser les sommités dans le l’huile. Auparavant on fait passer les graines cueillies, par trois fois dans la flamme du feu en criant : « Sant Jan la grano ! ». On l’appelle aussi la « casso-diable ». Vient ensuite l'armoise ou « ceinture de saint Jean ». Plutarque disait que l ‘écume ramassée sur l’infusion de cette plante, préservait les bergers de la morsure des serpents, et Apulée affirmait que porter de l’armoise sur soi empêche de sentir la fatigue du voyage. C’est l’herbe de la route bien connue des pèlerins. « Se sabiés li vertu de l’artemiso, n’en garniries l’orlet de ta camiso » « si tu savais les vertus de l’artémise, tu en garnirais l’ourlet de ta chemise » Elle passe pour avoir des vertus pour guérir le mal des yeux. On dénombre aussi l'orpin « poivre de muraille » ; la verveine qui aurait le pouvoir de prémunir contre les cauchemars ; l'immortelle « herbe de saint Pierre » ; la fougère mâle qui fleurit à minuit sonnant, et produit ses graines et les sème dans l'heure qui suit ; l'épervière, plante du soleil, employée par les druides pour chasser les démons, la sauge, la camomille, ou encore le salsifis sauvage pour préparer des remèdes capables de guérir bêtes et gens. Les pétales de lys seront présentés à la flamme puis mis à macérer dans l’eau de vie et serviront à soigner les plaies, notamment les brûlures, en prononçant cette formule : "Saint Jean le Désiré, où es-tu donc resté? Derrière un pied de blé fleuri et grainé ?" On trouve aussi dans la liste les feuilles de noyer et le lierre terrestre
Ces plantes sont montées en bouquets, en croix ou en couronnes et mises au fronton des portes afin de porter bonheur, c'est : « le bouquet de la bonne aventure »
Nous n’oublierons pas, dans la nuit de la saint Jean, de cueillir les noix, ou les feuilles du noyer, pour faire le vin de noix à offrir aux amis.
Voilà pour ce mois de juin dont l’étymologie na pas été établie avec certitude. Peut-être que ce nom viendrait de l’époque de la république, à Rome et du premier consul Junius Brutus, fils adoptif de Jules César.
On dit aussi que « juin » viendrait de juniores, « jeunes gens », tout comme « mai » viendrait de majores, « hommes âgés ». La chose la plus probable, compte tenu que le nom de ce mois vient du premier calendrier romain, est que « Juin » vient bien de Junon, selon une habitude courante chez les habitants du Latium à cette époque, de dédier à un dieu chacun des mois de l’année avant qu’on ne fixe des noms liés au système numérique.
C’est le mois des mariages et des mères à cause de la référence à Héra et la maturité qu’elle symbolise. Des quantités de croyances et légendes populaires en découlent dont par exemple la tradition en vigueur dans les temples de Junon qui voulait que les femmes se coiffent en séparant leur chevelure en deux, théoriquement avec la pointe d’une lance, pour symboliser la fusion des principes lunaire et solaire. C’est sans doute l’origine de cette coiffure des jeunes filles que l’on appelle les couettes !
C’est à cette date que les domestiques saisonniers sont loués pour les grands travaux de l’été : un nouveau cycle commence.
Bon mois de juin ! Addisias.
Jean Mignot le 1er du mois de Juin 2009

jeudi 7 mai 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


du mois de mai 2009


Voici le mois de mai que nous attendons tous, en particulier à cause de la série de ponts et de jours fériés qu’il amène, en espérant bien sûr qu’il va faire beau, malgré la lune rousse qui, au milieu de sa course autour de nous avec son cortège de saints de glace, nous invite à rester prudents, même si le ciel est provisoirement au beau fixe.
Comme on vous a déjà tout dit sur le 1er mai et son origine ou sur le muguet, porte-bonheur, charmante coutume, peu ancienne et à l’origine douteuse, j’ai cherché pour trouver sur quel sujet vous entretenir. J’ai voulu éviter ce qu’on appelle, dans le jargon des salles de rédaction, un «marronnier » c’est à dire un sujet incontournable qui revient à date fixe, comme le sapin de Noël ou les chrysanthèmes de la Toussaint. Mais voilà, un marronnier en journalisme étant un article d'information de faible importance meublant une période creuse, consacré à un événement récurrent et prévisible, j’ai cherché à faire plus « original » et nouveau ! Déjà en donnant ici une explication sur ce qu’est un « marronnier ». Pour ma part j’avoue que je ne connaissais pas cette expression. Tout comme le marronnier (l'arbre) qui invariablement, tous les ans, produit ses fruits, le marronnier journalistique reproduit les même sujets avec plus ou moins d'originalité. Les sujets débattus dans un marronnier sont souvent simplistes, parfois mièvres.
L’origine de ce terme, viendrait, dit-on, d’un beau marronnier qui fleurissait chaque début de printemps sur la tombe des Gardes Suisses tués par les émeutiers le 20 juin 1792. Tous les ans, un article paraissait dans la presse pour relater l'évènement, de faible importance il est vrai, mais attendu par les lecteurs.
Le « marronnier » a cette particularité de gêner plus celui qui écrit, que le lecteur : le premier doit transformer ce qu'il ressent souvent comme une corvée en un papier comportant une accroche ou un angle d'attaque nouveaux et intéressants, tandis que le second serait frustré, à juste titre, de ne pas voir les repères du cycle annuel (les fêtes, par exemple) ou les efforts d'organisation d'un événement par une association ou un comité. Comment faire preuve d’originalité alors, puisque la qualité première du « marronnier » est qu'il n'est jamais rédigé dans l'urgence, puisque sa parution est programmée… d'une année sur l'autre, presque comme mes chroniques !
Voici donc une chronique qui parle plus des coutumes et traditions puisque sur le mois de mai, la lune rousse et les saints de glace je vous ai presque tout dit avec toute une litanie de dictons, dans ma précédente chronique. Je fais seulement remarquer que le temps n’est pas si beau que ce que l’on voudrait et que personne n’a encore parlé de lune rousse !

Le nombre de commémorations, de fêtes ou de journées dédiés à telles ou telles causes plus ou moins importantes, chacune pouvant à elle seule justifier un jour férié et des manifestations, atteint le chiffre record de 19 pour ce seul mois.
Cela va de la très grave Journée mondiale de l’asthme, le 2 mai, c’est la période des allergies avec le pollen des plantes des arbres et des fleurs, à la Journée des espèces menacées le 11, à celle de la lutte contre l’homophobie le 17, en passant par la Journée européenne de la mer le 20, ou par celle de la diversité culturelle le 21. Je relève encore la si noble cause des enfants disparus le 25, ou à plus originale Journée de la Serviette le 25, Towel Day, qui célèbre par le port d’une serviette le deuil de l’auteur de science-fiction Douglas Adams, ou à la plus fantaisiste Journée sans pantalon le 5 mai.. une certaine idée de la liberté, qui remonterait aux années 1985/1986, inventée probablement à l’Université d’Austin, journée où le port du pantalon, est banni, mais celui des jupes, robes shorts et kilts! mais oui ! Il y a des photos très drôles sur internet sur ce sujet. Il faudrait aussi citer en début de mois la fête de Beltaine grande fête religieuse de l’année celtique, qui après la fête de Samain, marque la fin de la saison sombre, (voir Halloween en début novembre). Il ne faut pas oublier la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai, ou le si grave Mémorial day du dernier lundi de mai aux USA. La belle fête des Voisins le dernier mardi du mois soit le 26 mai cette année, prend de plus en plus d’ampleur. Elle est due à Atanase Périfan, qui avait lancé cette idée dans le 17ème arrondissement de Paris en 1999. Il y a encore le National Sorry Day, qui est lui un évènement australien de demande de pardon aux Arborigènes pour le tort causé à leurs familles. Il y a encore le Cinco de Mayos au Mexique qui remémore la triste expédition française du Mexique, le Kodomo no hi Jour des enfants au Japon. Et encore l’anniversaire de Boudha le 2 mai cette année, sans oublier nos amis Canadiens avec leur fête de la Reine ! et j’en oublie sûrement !
Voila de quoi alimenter nos échanges et discussions et des prises de position plus ou moins sérieuses.

Je parlerai quand même du 1er mai car indépendamment de l’actualité il nous amène facilement à la question du repos dominical En 1889 le congrès de la IIème Internationale socialiste réuni à Paris pour le centenaire de la Révolution française, avait décidé de faire du 1er mai un jour de lutte à travers le monde avec pour objectif la journée de huit heures, en mémoire du mouvement du 1er mai 1886 de Chicago.
Dès 1890, les manifestants arborent un triangle rouge symbolisant leur triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Cette marque est progressivement remplacée par une fleur d'églantine, puis en 1907 par un brin de muguet, souvent associé à une rose rouge ou à quelque chose de rouge.
On a un peu trop vite oublié les longues luttes qui ont abouti à faire du dimanche un jour non travaillé. Il faut se souvenir que, en France, le dimanche est devenu jour de repos et de la famille après une longue mutation qui s’amorça au milieu du XVIIIème siècle pour s’achever en 1906.
Des Philosophes des Lumières, farouches anticléricaux et libéraux, jusqu’au Premier Empire autoritaire, avaient jugé à l’instar de Napoléon que « si le peuple mange le dimanche, il doit pouvoir travailler le dimanche. » Cependant entre 1802 et 1814, le dimanche chômé est prévu pour les administrations publiques et les institutions judiciaires.
C’est sous la Restauration, en 1814, qu’une première loi imposa le repos dominical assorti de sanction financière et pénale pour ceux qui ne l’appliqueraient pas.
En parallèle, héritée du mouvement révolutionnaire de 1789, naissait dans le milieu ouvrier la culture contestataire de la "Saint Lundi". Ces défenseurs du lundi chômé refusaient le symbole religieux contenu dans ce 7ème jour de la semaine ; ces laïcs militants profitaient également de cette journée de repos pour organiser des meetings politiques, les rassemblements syndicaux et les déjeuners citoyens.
Avec l’arrivée des Républicains en 1879, une série de dispositions législatives et réglementaires laïcisent le pays. En 1880 ils votent l’abrogation de la loi de 1814, du même coup celle du repos dominical. L’employeur est seul juge pour accorder ou non un jour de repos hebdomadaire et libre de fixer ce jour. Une forte opposition va naître contre cette loi rassemblant aussi bien les membres du clergé, la droite traditionaliste, les partisans de la famille, des socialistes réformateurs ou encore des médecins hygiénistes alertés par les conditions de travail et de santé des employés. Leurs nombreux arguments sont aussi divers que variés : renforcement du lien familial garant des bonnes mœurs, éducation de la masse ouvrière par des activités culturelles inaccessibles en semaine, repos du corps, diminution du risque de délabrement physique ou moral, augmentation de la productivité, le devoir d’assister à la messe, l’unification du rythme de vie de tous les citoyens, mais aussi faciliter la tâche… de l’inspection du travail ! La déchristianisation étant assez avancée et les preuves de la laïcité de l’Etat faites, le caractère religieux du dimanche pouvait passer largement au second plan. Mais au sein du mouvement ouvrier comme chez certains grands patrons, c’est un tollé. L’attention y est surtout focalisée sur la mise en place ou non des « trois-huit » et de nombreuses raisons de réticence au dimanche chômé subsistent. Certains craignent une baisse conséquente des salaires, d’autres y voient une entrave à la liberté du travail ou encore un renforcement de l’emprise cléricale et surtout une mesure de plus prise dans le processus de « disciplinarisation » de la main-d’œuvre.
Finalement après de multiples débats houleux, le repos hebdomadaire, pour le privé comme pour le public, pour les femmes comme pour les hommes, est fixé au dimanche. Mais ce n’est qu’après la guerre de 14-18 qu’il sera réellement appliqué et encore avec des difficultés – commesouvent - dans l’industrie et le commerce. Notons également qu’en 1917, la semaine anglaise apparaît – bien que confinée dans un cadre étroit puisque appliqué uniquement aux ouvrières du textile ; cette mesure sera appelée « le samedi du balai ». Elle sera finalement généralisée en 1936, lors de la mise en place de la semaine de quarante heures qui prolonge sensiblement le repos hebdomadaire ; la semaine de cinq jours était née. Et maintenant on a les 35 heures !
Alors va-ton en 2009 oublier cette histoire récente et céder à la pression des groupes financiers, commerciaux ou industriels, avides de main-d’œuvre peu onéreuse et toujours disponible, pour abroger la loi de 1906. Outre la rentabilité économique et l’augmentation des emplois, les arguments invoqués détournent les arguments familiaux de 1906 : cela répondrait, dit-on, à une demande des consommateurs de faire leurs courses et activités culturelles le dimanche. A cela on peut citer le rapport du Conseil Economique et Social qui, en 1989, a détruit un à un ces arguments en affirmant qu’au contraire cela entraînerait la destruction du commerce de proximité, l’affaiblissement financier des fournisseurs, le développement du consumérisme et par-dessus tout, l’exclusion familiale et sociale des employés travaillant le dimanche. Une circulaire ministérielle en 1994 rappelle encore « ce principe fondamental du repos dominical » en précisant : « Le respect de cette réglementation constitue à la fois une règle protectrice des salariés et une condition du maintien de l’égalité entre commerçants ». Souhaitons que nos ministres de 2009 aillent rapidement faire un tour dans leurs archives, cela leur évitera d’une part de se contredire tous les dix ans et d’autre part d’oublier ces siècles de combats d’hommes et d’idées de tous bords, pour ce repos, pour tous, le dimanche.

J’aimerai faire un autre rappel d’une bien vieille tradition de l’histoire de nos ancêtres. Une très vieille coutume voulait que ce soit le mois où se tenaient les assemblées politiques. Nous en avons quelques exemples récents !
En réalité, cela se passait d’abord au mois de mars chez les Francs. Les guerriers se réunissaient autour de leur chef, dans un lieu qu’on appelait « le Champ de Mars ». Si le discours des chefs plaisait, les guerriers applaudissaient en frappant leurs boucliers de leurs framées. Sinon ils étouffaient sa voix par des murmures. Les framées ont été remplacées par les vociférations de nos élus dans les assemblées qui ne pouvant plus faire claquer leurs pupitres jouent à qui crie le plus fort ! Je préciserai aussi que chez les Francs, il n’était pas question d’absentéisme ! Ceux qui ne participaient pas s’excluaient d’eux-mêmes de la vie publique ! Sujet récurent encore aujourd’hui !
Sous Charlemagne, la date de ces assemblées fut repoussée au mois de mai. Les évêques, qui sous Clovis avaient été admis à ces assemblées, avaient pris un rôle prépondérant, rejoignant le pouvoir des comtes et seigneurs et le rôle des guerriers s’effaçait peu à peu. Ces assemblées disparurent à la fin de l’empire carolingien ; « les champs de mai » furent remplacés par « les Etats Généraux ». On se souvient en particulier de ceux de mai 1302 sous Philippe le Bel et de ceux de mai 1789 ! Quand on voit les difficultés de faire des réformes, on peut se demander parfois à quoi tout cela à servi !

Pour ce qui est de la coutume du muguet, il semble que le « lys des vallées », une plante originaire du Japon, soit présente en Europe depuis le Moyen-Age. La plante à clochettes a toujours symbolisé le printemps et les Celtes qui lui accordaient des vertus porte-bonheur.
Le 1er mai 1561, le roi Charles IX officialisa les choses : ayant reçu à cette date un brin de muguet en guise de porte-bonheur, il décida d'en offrir chaque année aux dames de la cour. La tradition était née.
La fleur est aussi celle des rencontres amoureuses. Longtemps, furent organisés en Europe des "bals du muguet". C'était d'ailleurs l'un des seuls bals de l'année où les parents n'avaient pas le droit de cité. Ce jour-là, les jeunes filles s'habillaient de blanc et les garçons ornaient leur boutonnière d'un brin de muguet.

J’aurai pu parler ici de « l’arbre de mai » rite de fécondité lié au retour de la frondaison, qui symbolise les forces de la nature domestiquées par les ancêtres. Maibaum en Bavière, Meyboom à Bruxelles, Mai de Silly dans le Hainaut, arbre planté devant le domicile des élus, en Corrèze, en Dordogne, dans le Limousin ou en Val d’Aoste et aussi dans les village de nos Cévennes, et de façon plus répandue dans tout le monde occitan, avec toutes sortes de variantes locales comme à Cucuron dans le Vaucluse, ou dans les landes.. Et de bien d’autres coutumes locales !

Quant aux vieux dictons pour ce mois j’en citerai encore quelques-uns en guise de conclusion, en vous invitant à relire ma précédente chronique pour ce qui est de la lune et du temps. « Chaleur de mai verdit la haie » comme on dit en Savoie, ou « Dieu nous garde de la poussière de mai et de la fange d’août » comme on dit en Corrèze. En Beauce on trouve « Du mois de mai la chaleur fait de tout l’an la valeur, mais s’il est pluvieux, c’est le laboureur qui est heureux ». Pourtant la pluie de mai peut faire pourrir les glands indispensables pour nourrir les cochons « Eau de mai tue le porc de l’année ».Il est vrai qu’on les nourrit aujourd’hui de toute autre façon ! Plus prudent, ce n’est pas en Normandie mais dans les Ardennes qu’on trouve « Mai fait, ou défait ! ». Pas de risque de se tromper. Dans le Vaucluse on dit « Mai humide, beaucoup de paille et peu de grain ; aujourd’hui fèves et demain faim ».
Quant aux conseils de prudence on trouve tout et son contraire : « Celui qui s’allège avant le mois de mai, certainement ne sait pas ce qu’il fait » rejoint le vieux dictons si connu qui recommande de ne pas quitter un fil en avril. Mais on si on dit en Provence « Mai, quitte ce qui te plait », en Lorraine on préfère rester sur la réserve « Pendant le mois de mai, couvre-toi plus que jamais ».
Ce que reprend ce dernier dicton que je vous laisse en conseil « Mai, va comme il te plaît, quoique encore on ne sait ! »
Addisias !

Jean Mignot le 7 mai 2009

jeudi 23 avril 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


De la lune rousse et des saints de glace 2009


Si l’influence de la lune, telle que j’en ai souvent parlé dans ces chroniques, est très discutée voire contestée par les scientifiques qui trouvent d’autres explications aux changements du temps, celle de la lune rousse a toujours fait l’unanimité. Les textes les plus anciens en témoignent et chacun continue à y prendre garde. Encore faut-il savoir quand se situe cette fameuse lune.
La lune rousse c’est la lune qui commence en avril, après la fête de Pâques, et finit à la lune suivante. Mais contrairement à ce que j’ai vu écrit, y compris sur des sites internet pourtant d’apparence sérieux, il faut bien prendre comme référence la lunaison, c'est-à-dire l’intervalle séparant deux nouvelles lunes, intervalle qui a une durée de 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 2,9 secondes. Et non pas d’une pleine lune à une autre pleine lune. Ceux qui écrivent cela n’ont rien compris à la lune, même s’ils se permettent de donner des conseils pour jardiner. Il fallait le dire… ! Cette année la nouvelle lune commencera le 25 avril pour se terminer le 24 mai, c'est-à-dire qu’elle va recouvrir exactement cette fameuse période dont je vais vous entretenir, dite de « la lune rousse » période où défilent tous les « saints de glace » et les « Rogations » hélas disparues aujourd’hui par décision vaticane. Il faut de plus croiser ces fêtes et leurs dictons non seulement avec les phases de la lune, nouvelle, croissante, pleine, décroissante ou vieille, mais aussi avec l’incidence des nœuds lunaires, du périgée, et de l’apogée.
Tous les calendriers lunaires qui reviennent à la mode, nous disent que, quand la pleine lune ou la nouvelle lune ont lieu au périgée, c'est-à-dire au point de son parcours où son éloignement de la terre est au minimal, il y a danger de perturbations, ce jour-là ou les jours qui suivent. Ces mêmes calendriers disent aussi que le passage de la lune au nœud lunaire, c'est-à-dire au moment où le plan de l’orbite lunaire coupe le plan sur lequel se déplace la terre dans sa marche autour du soleil, est aussi une période de perturbations. Ce sont ces points d’observation qui m’ont permis depuis le mois de janvier cette année de prédire les périodes de mauvais temps que nous avons traversées. Ce sont les perturbations que nous venons de vivre encore les 16, 17 et 18 avril avec l’apogée le 16 et un nœud lunaire le 18.
Les dictons sur le temps ont été écrits après que nos anciens aient observé que des phénomènes atmosphériques se produisaient de façon répétitive chaque fois que la lune se trouvait dans une même configuration. Cela ne se reproduit pas nécessairement chaque année, puisque la lune, ne revient dans la même situation autour de la terre et dans l’univers planétaire que tous les 19ans, selon le cycle de Méton. La référence à tel ou tel saint du calendrier était tout simplement un procédé mnémotechnique. Ne l’oublions pas la vie était rythmée essentiellement par les fêtes liturgiques et la journée au rythme de l’Angélus. On ne peut donc parler de ces dictons sur le temps qu’en étroite référence avec la position de la lune dans le ciel. C’est pourquoi mes chroniques chaque mois et chaque année sont un peu différentes. Il conviendrait d’ajouter à cela les observations sur le réchauffement de la planète et d’autres considérations plus savantes. Je préfère pour ma part me référer à la lune, c’est plus poétique, et c’est quelquefois vrai pour le temps, et presque toujours vrai pour les plantes… et même pour l’humeur de certaines personnes ! C’est bien connu. La police pourrait attester des problèmes qu’elle enregistre les nuits de pleine lune, et nous connaissons tous des gens « mal lunés ».

« Lune rousse, vide bourse » ; « lune rousse, rien ne pousse » ; « Gelée de lune rousse de la vigne ruine la pousse » ; « Récolte n’est point assurée que la lune rousse soit passée ».
La lune rousse est plus redoutée que les autres parce qu’elle se situe au moment où le printemps arrive, la sève des plantes monte et nos humeurs aussi. Et elle a de ce fait plus d’influence que d’autres lunaisons. C’est pendant la lunaison de la lune rousse que nous allons rencontrer les saints de glace. Et leur effet sera d’autant plus grand qu’ils vont ou non coïncider avec les périodes dont je viens de vous entretenir. S’il faut parler d’influence, c’est bien en effet de celle de la lune et non de ces braves saints qu’il faut parler.
Pourquoi rousse ? Ce n’est pas à cause de sa couleur qu’on appelle la lune « rousse ». C’est souvent en avril une lune pâle et blême. C’est bien à cause des effets qu’elle produit sur les plantes qu’elle est « rousse »..
Les calendriers lunaires nous donnent une bonne explication. En cette période de l’année, le soleil déjà haut reste de plus en plus avec nous (+1h30 pour le mois d’avril). Quand le ciel est dégagé, le thermomètre indique 19 ou 20 degrés comme ces derniers jours, voire plus, en plein milieu de la journée. Les petites pousses et les fruits en formation se gorgent de chaleur. Mais la terre met très longtemps à se réchauffer. Quand le soleil se couche, le froid se rétablit. C’est très net ces derniers jours dès 17h/18h. La terre n’a pas encore de chaleur à restituer. Progressivement une rosée recouvre les végétaux. Elle peut devenir glaciale au lever du jour. Le thermomètre indique alors 5° à 0°, voire en dessous. Les jeunes espoirs de récolte sont détruits. Les petites poussent prennent une apparence de roussi. Les embryons de fruits deviennent noirs à l’intérieur de l’ovaire. Ne rangez donc pas les protections de vos plantes et arbres avant la fin de la lune rousse. Elles peuvent toujours être utiles la nuit. Et de grâce, n’appelez pas : « lune rousse » les belles lunes que vous voyez se lever par certains beaux soirs d’été. Cela n’a rien à voir ! Nos services de météorologie qui ne regardent pas la lune en dehors de leurs écrans informatiques, en tous cas qui n’en parlent vraiment pas très souvent, ne nous préviendront de telle ou telle perturbation que si le satellite le dit ! Dans leurs bureaux aseptisés et climatisés ils en oublient les climats !

Voici à propos de la lune rousse une anecdote amusante et une explication complémentaire.
« Je suis charmé de vous voir réunis autour de moi, disait un jour Louis XVIII à une députation du Bureau des Longitudes qui étaient allés lui présenter la « Connaissance des temps et de l’annuaire », car vous allez m’expliquer nettement ce que c’est que la lune rousse et son mode d’action sur les récoltes »
Le savant Laplace, à qui s’adressait plus particulièrement ces paroles, resta comme atterré ; lui qui avait tout écrit sur la lune, n’avait en effet jamais songé à la lune rousse. Il consultait ses voisins du regard mais, ne voyant personne disposé à prendre la parole, il se détermina à répondre lui-même : « Sire, la lune rousse n’occupe aucune place dans les théories astronomiques ; nous ne sommes donc pas en mesure de satisfaire la curiosité de Votre Majesté. »
Le soir, dans les salons du palais, pendant son jeu, le Roi dont on connait l’esprit vif et piquant, s’égaya beaucoup de l’embarras dans lequel il avait mis les membres de son Bureau des Longitudes. Laplace l’apprit. Vexé, il vint demander à Arago s’il pouvait l’éclairer sur cette fameuse lune rousse qui avait été le sujet d’un si désagréable contretemps. Arago alla aux informations auprès des jardiniers du Jardin des Plantes et d’autres cultivateurs, et voici le résultat des investigations que le grand savant a ensuite rédigées et qui ont été publiées par Flammarion dans l’ouvrage : « Astronomie populaire »:
« Dans les nuits des mois d’avril et mai, la température de l’atmosphère n’est souvent que de 4, de 5 ou de 6 degrés centigrades au-dessus de zéro. Quand cela arrive, la température des plantes exposées à la lumière de la lune, c'est-à-dire à un ciel serein, peut descendre au dessous de zéro, nonobstant l’indication du thermomètre. Si la lune, au contraire, ne brille pas, si le ciel est couvert, la température des plantes ne descend pas au-dessous de celle de l’atmosphère, il n’y aura pas de gelée, à moins que le thermomètre n’ait marqué zéro, pour d’autres raisons. Il est donc vrai, comme les jardiniers le prétendent, qu’avec des circonstances thermométriques toutes pareilles, une plante pourra être gelée ou ne l’être pas, suivant que la lune sera visible ou cachée par des nuages ; si les jardiniers se trompent, c’est seulement dans les conclusions : c’est en attribuant l’effet à la lumière de l’astre. La lumière lunaire n’est ici que l’indice d’une atmosphère sereine ; c’est par suite de la pureté du ciel que la congélation nocturne des plantes s’opère ; la lune n’y contribue aucunement ; qu’elle soit couchée ou sur l’horizon, le phénomène a également lieu. L’observation des jardiniers était incomplète, c’est à tort qu’on la supposait fausse. »
Les savants viennent ici au secours de la sagesse populaire qui avait fait les mêmes observations depuis belle lurette ! et aussi des poètes.
Il y a fort à parier que la référence à cette couleur rousse fait allusion aussi au caractère maléfique (supposé !) de notre amie céleste, pourtant si « douce au miséreux et aux amoureux » comme le dit si joliment la fameuse « complainte de la Butte ». Car les rousses, disait-on au temps jadis, portaient sur la tête rien de moins que les flammes de l’enfer. Elles étaient suspectes de sorcellerie, redoutées sur les bateaux, accusées de faire tourner le lait et de rancir le beurre. Dès lors rien d’étonnant à ce qu’une rousse, toute planète qu’elle soit, fasse tourner le printemps et rire jaune le jardinier, et jette la désolation au potager !
Cette lune rousse d’avril est plutôt d’ailleurs souvent une lune pâle, de cette pâleur qui « caresse l’opale de tes yeux blasés ». Cette lune blême qui « jette un diadème » sur les cheveux roux de la petite mendigote de la rue Saint Vincent, a-t-elle donc vraiment une responsabilité personnelle dans les ravages infligés aux végétaux qui vident la bourse des paysans !
Est-elle vraiment responsable cette lune qui inspire une si belle complainte ? En tous cas l’auteur de la belle Complainte de la Butte avait bien observé le temps : « Mais voilà qu'il flotte, La lune se trotte, La princesse aussi. Sous le ciel sans lune, Je pleure à la brune, Mon rêve évanoui ! » .

Voila pour ce qui est de la lune Rousse. Voyons maintenant le cortège des Saints de glace et les processions des Rogations.
Avec Saint Georges le 23 avril, on aborde la période où ils vont sévir. La fête de ce saint est accompagnée d’une kyrielle de proverbes et de dictons sur la pluie. Or la nouvelle lune sera le 25 et le périgée le 28. Gare !
« Pluie de saint Georges, coupe les cerises à la gorge ! » ou encore : « S’il pleut à la saint Georges, de cent cerises restent quatorze ». Et aussi : « S’il pleut à la saint Georgeau, n’y aura guignes ni bigarreaux ».
De toutes les façons, qu'il pleuve ou qu'il vente, pour la saint Georges il faut mettre la " graine " c'est à dire les œufs de ver à soie, que l’on appelles « les borgnes » car ils n’ont pas d’yeux, dans les couveuses, et non plus comme autrefois dans un petit sac pendu sous les jupons des dames ou encore dans leur soutien-gorge… petit sac qu’on glissait la nuit sous l’édredon du lit conjugal. Un vieux proverbe occitan, bien connu en Cévennes, nous dit que pour la saint Marc , le 25 avril, ce sera trop tard. Les plus anciens connaissent bien cela, et particulièrement à Uzès, pays d’élevage des vers à soie, des magnaneries et des filatures, et où les habitants sont appelés « débassaïres », « les faiseurs de bas », surnom justifié par le nombre des filatures présentes sur la ville ! On imagine combien les gelées tardives étaient dramatiques pour les « éleveurs de ver à soie » quand la feuille des mûriers, toute jeune et frêle subissait les assauts du gel. ( Il faut remarquer au passage, que dans le vocabulaire local, on parle plus souvent de « la » feuille et non des feuilles…)
Le 25 avril c’est la Saint Marc: « s’il pleut le jour de la saint Marc, les guignes couvriront le parc » ; ou encore : « A la saint Marc s’il tombe de l’eau, il n’y aura pas de fruits à couteau ». C’est à dire de fruits dont on enlève la peau avec un couteau pour les manger. « Marquet (Marc), Georget (Georges), et Philippet (Philippe), sont trois casseurs de Gobelets ».
Saint Philippe était autrefois fêté le 1er mai. Pourquoi casseurs de gobelets ? Parce que le froid ou la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc au vin, donc aux pichets et aux gobelets. On dit encore : « Trois saints dont faut se méfier »…
Saint Robert le 29 avril : « Gelée de saint Georges, saint Marc, saint Robert, récolte à l’envers. »
Mais on dit aussi : « La pluie de saint Robert, du bon vin emplira ton verre. »
Si donc il pleut à ce jour-là, tout ne sera pas négatif…Par contre s’il pleut ensuite pour les saints suivants ce sera différent :
Le 30 avril pour Saint Eutrope (ou Tropet) : « saint Eutrope mouillé, Cerises estropiées. »
Du 23 avril au 6 mai, ces saints sont aussi appelés « les saints cavaliers » ou « les saints chevaliers » ou encore, selon Rabelais : « les saints gresleurs et gasteurs de bourgeons ».
« Les saints de glace » ne seraient, selon certaines interprétations, que les suivants, dont la liste se déroule en mai soit pour les derniers jours de la lune rousse, et en particulier, ceux dont on parle le plus les 11,12 et 13 mai : « Mamert, Servais et Pancrace, voilà les trois saints de glace, » dont je reparlerai le mois prochain. Ils sont les plus célèbres et on limite trop souvent les saints de glace à eux seuls : « Les Servais, Pancrace et Mamert à eux trois, un petit hiver". Aujourd'hui encore les agriculteurs et les jardiniers ne négligent pas ce vieux dicton: « Attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace." Or la pleine lune en mai sera le 9 avec l’apogée le 14 et un nœud lunaire le 15. Il faudra regarder ce qui va se passer. « Méfiez-vous de saint Mamert, De saint Pancrace et de saint Servais, Car ils amènent un temps frais et vous auriez regret amer ». » mais ne cherchez plus leurs noms dans vos calendriers. Ils ont été remplacés par Estelle, Achille et Rolande. Cette substitution fut décidée après le dernier concile Vatican II lorsqu’on nettoya le calendrier de tous les personnages « douteux » qui avaient souvent donné lieu à des pratiques rituelles peu conformes avec la liturgie et entachées de fond païen. C’est ainsi que ces saints de glace si réputés furent rayés de nos calendriers, ainsi que les Rogations. Les supprimer n’a rien changé au temps et aux influences de la lune.

Le mauvais temps et les dégâts qu’il a souvent entraîné, en ces périodes, avait inspiré à saint Mamert, évêque de Vienne, en Dauphiné, vers 420-477 des prières et des litanies parce que des calamités avaient ravagé les fruitiers de la vallée du Rhône. Ce sont les fameuses « Rogations » qui ont été étendues à toute la chrétienté en 816, pour les trois jours avant la fête de l’Ascension. C’est à dire cette année les 18, 19 et 20 mai, en pleine lunaison de « lune rousse ».
Avec cette réforme de Vatican II, disparut aussi un des rares vestiges de ces chants et rites gallicans, chants chrétiens primitifs de la Gaule franque, qui s’étaient maintenus malgré la réforme et la mise en place du Grégorien. Il s’agit d’une sorte de mélopée répétitive, proche des mélodies arabes ou byzantines, sur une gamme de notes très simples, articulée autour des notes ut, mi, sol, lancée par un soliste et reprise par la foule, et qu’on appelle litanies. Ces chants sont encore présents dans les liturgies byzantines, et on les retrouve dans le cérémonial du vendredi saint, ou dans le chant des litanies des saints que l’église chante pour ses plus importantes cérémonies, et qui sont souvent si mal interprétées en français, notamment sans rythme.
Qui se souvient encore de ces petits matins de mai ou curé et parfois vicaires, enfants de chœur et paroissiens, partaient en procession derrière la croix, à travers champs et prés au rythme de « Ut nobis parcas » ou « Ut fructus terrae, dare et conservare digneris » « Te rogamus audi nos ». Les fidèles quittent leur domicile pour s’unir à la procession. La supplication des litanies s’élève dans le calme du matin. Nous t’en prions, nous t’en supplions Seigneur, protège les fruits de la terre, écoute nous ! Le curé à coups de goupillon bénit les moissons en herbe, les arbres en fleurs et les animaux qui paissent. La procession s’arrête parfois devant les fontaines et les puits, dans lesquels le prêtre jette du sel pour les purifier. On porte ici ou là les reliques du saint local. . Beau temps le premier jour des Rogations était un heureux présage pour le foin, le deuxième pour la moisson, le troisième pour les vendanges. Pendant ces trois jours on prenait garde de ne pas faire la lessive : « Celui qui lessive aux Rogations sera au lit aux moissons ». Un autre proverbe plus menaçant affirme « Quand on lave aux Rogations, il sort un corps de la maison ! ».
A la fin de la série, en fin de la lunaison cette année 2009, le 24, Il y a un quatrième saint de glace, saint Urbain le 25 mai, qui annonce la fin des possibles gelées : « Le vigneron est rassuré qu'une fois la saint Urbain passée »

Si on regarde l’histoire de la météo, ou si votre grand-père a noté le temps, surtout dans les régions où cette période, revêtait une importance capitale, comme ici à cause de l’élevage des vers à soie, pour lesquels il faut de la chaleur, mais aussi des feuilles de mûriers fraîches, vous trouverez que, en l’année 1897, par exemple, du 11 au 13 mai, il a gelé, et les dégâts ont été d’autant plus importants que l’hiver avait été bénin, et que la végétation était bien avancée ! Cette année là le Cher avait été dévasté. Les vignes avaient gelé, ainsi que les pommes de terre, les haricots et les fraisiers. A Angers, la gelée avait ravagé les cultures au sud de la Loire mais épargné celles qui se situaient au nord du fleuve ! Dans notre région du Gard les feuilles de mûriers avaient gelé et avaient fait défaut pour nourrir les vers à soie…Ce fut une catastrophe. Dans nos histoires locales, on trouve partout traces de ces gels dus aux méfaits des saints de glace, mais surtout à la lune rousse.

Alors prenons notre mal en patience, car : « On n’est pas sorti de l’hiver qu’avril n’ait montré son derrière ». Pour le moment, réjouissons-nous des pluies d’avril si bénéfiques même si elles gênent les vacanciers !
Addisias !
Jean Mignot le 21 avril 2009

mardi 31 mars 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


du mois d’Avril et du poisson, des Rameaux et de Pâques 2009


« Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contrats, ordonnances, edicts, tant patentes que missives, et toute escripture privé, l’année commence doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier. »
Donné à Roussillon, le neufiesme jour d’aoust, l’an de grâce mil cinq cens soixante-quatre. Et de notre règne le quatriesme. Ainsi signé, le Roy en son Conseil. Sébastien de l’Aubespine
.
C’est en ces termes qu’il fut décidé que désormais ce ne serait plus au mois d’avril que commencerait l’année civile mais en janvier. Le roi et la Cour étaient à Roussillon en Isère. Catherine de Médicis, profitant de la paix retrouvée entre partis catholique et protestant, avait entrepris un long voyage pour renforcer dans les provinces le sentiment monarchique. Il fallait asseoir l’autorité du jeune roi qui n’avait que 14 ans. La Cour s’installa à Lyon, mais une épidémie de peste l’obligea à trouver refuge dans le château de Roussillon quelques 50 km plus au sud. Le séjour fut agréable, interrompu par quelques séances de travail. Le souverain était accompagné de ses ministres, Michel de l’Hospital et Sébastien de l’Aubespine. On remit sur table une ordonnance relative à la police et à la justice du royaume que le Parlement de Paris avait refusé d’enregistrer. Au cours de ce voyage à travers les provinces, le constat fut fait que selon les coutumes et usages locaux, l’année commençait à des dates variables. tantôt Noël, tantôt Pâques, ou le 25 mars comme à Vienne, ou encore au 1er mars. Il semblait nécessaire pour l’unité du Royaume d’uniformiser cela. On ajouta un article 39 qui stipulait que l’année commencerait désormais le 1er janvier. Cette disposition fut appliquée plus ou moins rapidement : à Paris en 1567 et à Beauvais en 1580… Les nouvelles ne circulaient pas aussi vite qu’aujourd’hui, sans télévision et sans internet, et il fallait du temps avant qu’une loi fut promulguée…Quand on arriva au 1er avril 1565 certaines régions n’acceptèrent pas la nouvelle disposition. Ces irréductibles continuèrent à recevoir leurs contemporains avec de faux cadeaux, mottes de terre ou bottes de paille. Avec le temps les petits cadeaux d’avril se transformèrent en farces, blagues et canulars. Selon les corps de métiers, on envoyait les apprentis les moins dégourdis en leur demandant de rapporter des objets insolites tels que « la corde à lier le vent », « la passoire sans trou », et « la clef des champs » , « le bâton à un seul bout » ou de « l’huile de coude »
De cette évolution de 1564 il nous reste « le poisson d’avril ». Les fausses étrennes, devenues de gentilles farces, sont semble-t-il un lointain souvenir de ces dates révolues. C’est l’interprétation la plus couramment adoptée.
D’aucuns prétendent que l’origine est différente et que le poisson d’avril est lié au fait que la lune sort du signe zodiacal des Poissons ; d’autres prétendent que l’origine serait dans le fait qu’avril étant encore en carême on ne mangeait alors que du poisson...
En Angleterre, le poisson d’avril se dit « april’s fool ». C’est l’occasion de faire de nombreux gags. En Ecosse, c’est le traditionnel « hunt the gowk ». Gowk c’est le coucou et chez nous on dit : « Ce n’est jamais avril si le coucou ne l’a pas dit ! » ( Il n’a pas encore chanté dans notre région ! ) Dans ce pays, on envoyait l’idiot du village porter un message ; celui qui le recevait, envoyait le messager à une autre personne, et ainsi de suite jusqu’à ce que le messager finisse par ouvrir le message et lise ces mots « chasse le coucou un mile de plus ! ». Quand il revenait le soir, éreinté d’avoir couru pour rien toute la journée, les farceurs ayant organisé ce tour pendable, se réunissaient pour rire à ses dépens. La personne dupée était appelée « April gowk » : « coucou d’avril ». Les Ecossais avaient ainsi beaucoup de plaisir à envoyer des personnes faire des courses idiotes, comme d’aller chercher des « dents de poule » ou du « lait de pigeon » ! Le 2 avril chez eux se nomme « Taily day ». Il s’agit de réussir à donner un cadeau à une personne de son choix tout en essayant de lui coller dans le dos un petit panneau où il est écrit « Donnez un coup de pied aux fesses ». En Belgique les enfants (et même les plus grands !) attachent un poisson en papier dans le dos de leurs camarades, de leurs parents, de leurs professeurs..
En Allemagne, on dit « April april » ou « Aprilscherz » et ce, au moment de faire sa blague ou juste après pour faire comprendre que c’est juste une blague !
Avril qui commence avec cet éclat de rire est le mois qui "ouvre" l'année, du latin aprire, ouvrir. Il partage avec février, la particularité de tenir son étymologie d’un verbe et non d’un dieu ou de sa place dans le calendrier. Avril n'est pas uniformément "tout nouveau tout beau". C'est un mois versatile, qui en dépit du calendrier tient encore largement de l'hiver, et dont les froids passagers, souvent pinçant, sont d'autant plus mal accueillis que l'on espérait en avoir fini avec eux, surtout après les derniers jours de mars et ses Vaqueirieu avec leur alternance de pluie de vent et de soleil.
D'où le dicton : « Il n'est si gentil mois d'avril qui n'ait son manteau de grésil». Parfois la neige s'ajoute au grésil : « Il n'est point d'avril si beau, qui n'ait neige à son chapeau. »
Ce rabiot de l'hiver, doit nous inciter à la prudence: « En avril, ne te découvre pas d'un fil. » Ou : « celui qui s'allège avant le mois de mai, certainement ne sait pas ce qu'il fait." Et en pays de langue d’oc : « O mes d’obriéou quittés pas eu piéou »
Lune au périgée de sa valse autour de nous le 2 avril, et nœud lunaire, le 4, peuvent venir confirmer les dictons péremptoires du dimanche des Rameaux, tels celui qu’on trouve dans le Midi: « le dimanche des rameaux, le vent d’en bas, le « marin », mets tes tonneaux en garatas (au rebus) ». Dans le Sud-Ouest on trouve : « Quand le vent est soulaïre, rinçons les verres ( = récolte moyenne) » et en Bretagne « Le vent d’en haut ( Nord) rinçons les tonneaux (=récolte abondante, de pommes bien sûr !) »
Avec le dimanche des Rameaux les chrétiens commémorent l’entrée de Jésus à Jérusalem où il venait célébrer la pâque juive. Ce jour, les chrétiens font bénir des branches vertes, souvent des branches de buis, de lauriers ou d’oliviers. Ils en ornent les crucifix de leurs maisons ou ils les portent au cimetière sur les tombes de leurs défunts comme signe d’espérance et de foi en la résurrection.
Chez nous en Languedoc, ces rameaux sont appelés « rampaus » ou « rampals », c'est-à-dire « rameaux de palmes » par une vigoureuse contraction du latin ramus palmae. Cette fête est souvent marquée par le vent, avec quantité de dictons à ce sujet. Pour le moment c’est plutôt un temps pluvieux qui est annoncé : « Can ploou sul rompan, ploou sul boulan » . Le boulan, ou « volant » c’est le « fer volant », c'est-à-dire la faucille en langue d’Oc. Et : « S’il pleut sur les rameaux, Il pleut sur la faucille », donc sur la moisson ! Il faudra observer le temps de la fin juin, au moment de la fête de la musique et de la saint Jean. Voila pour nos « Pâques fleuries » comme on appelle ce jour.

La semaine qui s’ouvre le 6 est appelée Semaine Sainte. Selon une croyance bien enracinée, cette semaine, en dépit de sa mobilité, est presque toujours placée sous le signe d’un temps exécrable. Normal puisque elle est fixée en fonction de la lune. On l’appelle la « semaine peigneuse ». Le Vendredi le ciel pleure la mort de Jésus, alors que le dimanche jour de la résurrection, le soleil renaît.. « Semaine sainte toujours mouilleuse et venteuse » dit-on en Charente.

La pleine lune du 9, la première pleine lune après l’équinoxe de printemps, détermine la date de Pâques. Cette fête qui peut fêtée indifféremment, selon les années, entre le 22 mars et le 25 avril, - ces deux dates étant toujours extrêmes - entraîne avec elle une série d’autres fêtes, tant avant qu’après, de Mardi-gras à l’Ascension et à la Pentecôte, et conditionne notre rythme de vie, étroitement liée au rythme de la lune. Qu’est-ce qui explique cette mobilité ? Le Concile de Nicée, en 325, a arrêté définitivement la date de Pâques : « Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune (soit la peine lune) qui atteint cet âge au 21 mars (jour de l’équinoxe) ou immédiatement après » ou plus clairement : « le premier dimanche qui suit la première pleine lune après l’équinoxe de printemps ». L’année solaire comportant douze mois ne concorde pas avec l’année lunaire qui, elle, en comporte plus ou moins treize. Aussi la première lune ne peut donc tomber qu’à des dates variables. La règle qui veut que Pâques soit systématiquement célébrée un dimanche, pour le rappel historique de l’évènement qu’elle rappelle, accroît encore la mobilité de cette fête. Afin de pallier aux difficultés que cette mobilité entraîne, certains ont proposé que Pâques soit fêtée comme Noël à une date fixe, le 8 avril, date présumée de la résurrection du Christ. Cette solution ne saurait faire l’unanimité puisqu’ainsi, Pâques tomberait rarement un dimanche. Il apparait souhaitable à d’autres de fêter Pâques le dimanche le plus proche du 8 avril. La mobilité ne serait certes pas supprimée, mais ainsi très largement limitée.

Pour ce qui est du temps, alors qu’il ne faisait pas très beau à Noël, il est difficile de dire qu’il va faire beau pour Pâques. Le dicton connu « Noël au balcon Pâques aux tisons » ne semble valable que dans un sens !
Alors que nous aspirons tous à du beau temps après un hiver plutôt rigoureux et long, et parce que congés et vacances sont d’actualité, nous devons encore attendre, car « on n’est pas sorti de l’hiver qu’avril n’ait montré son derrière ! » Or la lune nous réserve encore quelques mauvaises surprises, avec apogée et nœud lunaire les 16 et 17, précédant les si fameux saints de glace,
La nouvelle lune le 25, suivie du périgée le 28 introduisent la lunaison dite de la Lune Rousse, la période la plus redoutée des paysans. Du 25 avril au 24 mai cette année, elle va nous décliner tout son chapelet de dictons jusqu’aux très connus Mamert Servais et Pancrace , suivis des Rogations aujourd’hui disparues dans les réformes vaticanes, (du 18 au 20 mai cette année). Nous ne serons vraiment sortis d’affaire qu’à partir du 25 mai pour la saint Urbain. Je reviendrai dans une chronique plus ciblée sur ces deux évènements : saints de glace et lune rousse car ils valent à eux seuls un développement spécifique.
Ce n’est pas nouveau de souhaiter la pluie en avril et en général elle est bénéfique, même pour les truffes ! Un vieux dicton occitan nous dit : « Quand tout le mès d’abrieu plouriè, que tout lou mounde crédarié : « tout ès négat, tout ès perdut ! » encaro aurié pas prou plougut. ». Traduction pour les « gens du Nord », - chez nous on dit « les Parisiens » - ( le Nord est à peine au-dessus de Montélimar ! « Quand tout le mois d’avril il pleuvrait, quand tout le monde s’écrierait : « tout est noyé, tout est perdu ! » encore il n’aurait pas assez plu. » On trouve aussi : « Abrieou a trento, se ploouvie trent’un, farié maou en degun » « Avril a trente jours, s’il pleuvait trente et un jours, cela ne ferait mal à personne ».
Prenons donc notre mal en patience ! Addissias !

Jean Mignot le 31 mars 2009

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